« Tao
traversait la vie comme on traverse un désert…
et laissait sur la nudité des pierres
des marques de son passage… il regardait
en arrière et la nostalgie des chemins
parcourus le poignait. »
Dès les premières phrases le tracé
du livre apparaît : le cheminement d’un
solitaire à la recherche de la sagesse.
Au cœur des civilisations perdues, il déchiffre
l’énigme du temps. Que sont devenus
les sages qui s’abreuvaient « à
la source des matins » et lisaient «
le message des nuages » ? Et les mystérieux
voyageurs des caravanes errant sur les pistes
du monde ? A travers le dédale des siècles
résonnent les cris de l’humanité
souffrante : barde, juif errant, druide, bouddhiste,
tous jetés en pâture à cause
de leur différence. Entendra-t’on
la voix des messies afin qu’un jour règne
Lancelot ou Arthur ? Dans le sillage de ces
personnages mythiques à la limite du
réel et de l’imaginaire, l’auteur
rêve à l’Age d’Or où,
humble dans ses désirs, l’homme
avait le sens de l’amour et tuait seulement
pour survivre. Se dessinent alors des fresques
grandioses baignées de poésie
: temples nimbés de fumée bleue,
campements sous le regard des étoiles,
galop des gazelles dans la savane.
Dans la seconde partie
intitulée Des Rives, le discours s’écarte
de la route de Tao pour suivre la goutte d’eau,
qu’elle soit larme, embrun, pluie ou déferlement
des flots. Des rives nouvelles se découvrent
: celle où Vénus naît de
la vague, plages de sable, récifs hantés
par le souvenir des disparus en mer. Portées
par les nuées, les brumes atteignent
la côte des légendes, les mystérieux
lochs d’Ecosse et l’Irlande verte
où « le vent se prend dans les
grelots de la bruyère ».
Les remous de l’eau plongent Françoise
dans ses propres profondeurs qui ont aussi leurs
abîmes et leurs reflets. Parmi les peines
et les émois surnagent les souvenirs
de rivages paradisiaques : Caraïbes, Maroc
« de roses et de sable », qui ne
font pas oublier la « saison esclave »
des Antilles ni l’horizon de dunes du
désert.
Un message d’espoir écrit
dans une langue souple, émaillée
d’images et de sonorités. Puissent
de nombreux lecteurs couler leurs pas dans les
empreintes de Tao et dériver dans la
pureté de cette poésie.
Madeleine MOUGET
Prix de l’Académie
Française,
Prix de la Société des Gens de
Lettres,
Prix de l’Association des Ecrivains Bretons |