«
Il était une fois une reine allongée
dans un cercueil de verre, au musée du
Caire. Sa beauté embaumée pour
l’éternité semble figée…
»
« Il promène lentement le faisceau
de la torche sur les visages sans substance,
sans lèvres et sans regard, couronnés
parfois par quelques maigres touffes de cheveux,
sur les corps parcheminés, privés
de viscères depuis la nuit des temps…
Et soudain, sans que rien ne le laisse présager,
lui qui se croyait à l’abri des
incompréhensibles émois touristiques,
lui qui n’avait jamais pris le temps de
montrer un minimum d’intérêt
pour ces cadavres enterrés depuis des
millénaires, il tombe en arrêt
malgré lui devant la silhouette gracile,
étonnamment bien conservée d’une
femme aux traits lisses, étrangement
quémandeurs… »
Ses suites poétiques
et récits de voyage nous ont promenés
tour à tour au cœur de l’Ecosse
et de l’Irlande, dans la moiteur des Caraïbes,
le désert du sud marocain et sur les
rives des fjords de Norvège, donnant
lieu à autant de spectacles.
Avec ce troisième livre, Françoise
nous entraîne 3500 ans en arrière,
dans le lieu le plus protégé du
musée du Caire, la salle des momies.
Une reine sans nom, de la 20e dynastie, celle
des Ramsès, ouvre soudain les yeux.
« J’ai si mal.
Mes yeux sont dessillés
par un soleil impitoyable.
Son feu m’anéantit.
Je n’ai pas voulu renaître,
je ne sais pas où je suis.
Je vois des ombres m’entourer,
Familières
et différentes.
Mais il me semble
reconnaître
des voix émergées du passé.
Elles ont envahi ma nuit,
elles ont investi mon être,
m’ont parlé sans répit.
Mon incertitude est totale.
Je me sens naufragée
et si seule. »
A la suite d’un groupe
de touristes auquel elle finit par s’attacher,
la reine dérangée dans son sommeil
va redécouvrir son pays tel qu’il
est devenu aujourd’hui. Au fil du Nil,
depuis les temples de Louxor jusqu’aux
géants d’Abou Simbel, en passant
par la Vallée des Rois, les rues grouillantes
et colorées d’Edfou, les matins
sillonnés d’oiseaux du pays des
Nubiens, où glissent les grandes voiles
blanches des felouques, elle laisse parler ses
émotions, ses révoltes, son étonnement
et ses souvenirs. Son voyage trouvera son dénouement
au Caire, ville de contrastes, beauté
et puanteurs mêlées, que hérisse
la grisaille des immeubles inachevés,
où l’attendent les pyramides et
les trésors du musée.
«
Cet ordre universel, voué à l’éternité,
semblait le seul possible. Et pourtant, il s’est
éteint. Les dieux ont fui l’Egypte
et les pharaons n’ont plus lieu d’être.
Il ne reste que des tombeaux éventrés,
des momies arrachées à leur repos,
des temples et des pyramides fermés sur
leurs secrets, mais dont les ombres fascinent
encore comme une évidence perdue. D’autres
civilisations, des religions nouvelles sont
nées et ont grandi sur nos sables et
nos pierres vivantes sans que les hommes disparaissent.
L’harmonie, les règles et les rituels
sont simplement différents et je ne saurais
dire s’ils sont meilleurs ou moins bons
que les nôtres... »

Dessin de Sylvain
BOIXIERE
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